Aux origines du patrimoine sonore d’Auvergne et Rhône-Alpes : ces artistes qui ont façonné la tradition

14 mars 2025

Les maîtres de la vielle à roue, symbole musical de l’Auvergne

La vielle à roue est sans doute l’un des instruments emblématiques de l’Auvergne. Son bourdonnement envoûtant et ses mélodies limpides ont traversé les âges, faisant vibrer les cœurs sur les places de villages ou dans les bals populaires.

Parmi les noms incontournables, on pense immédiatement à Gustave Besset (1893-1983), qui a marqué l’histoire de cet instrument. Originaire de Roche-en-Régnier, ce grand maître vielleux fut réputé pour ses interprétations virtuoses et son influence durable, notamment sur la transmission du répertoire traditionnel. Autre nom emblématique, Joseph Perrier, surnommé "Le Roi des vielles", a également laissé une empreinte indélébile grâce à ses compositions qui mêlaient tradition et créativité.

Dans les années 1970 à 1980, le renouveau de la vielle à roue a vu émerger des musiciens comme Jean Blanchard, cofondateur de La Chavannée, un collectif ayant joué un rôle crucial dans la redécouverte d’un patrimoine parfois menacé d’oubli.

Les grands joueurs de cabrette et leur impact

La cabrette, petite cornemuse auvergnate, a des origines liées aux musiciens montagnards mais a gagné ses lettres de noblesse dans les salons parisiens lorsque de nombreux Auvergnats s’expatrièrent vers la capitale. Au XIX siècle, c’est notamment grâce à des figures comme Joseph Roux, connu sous le nom de "Petit Roux", ou encore Léon Vidal que l’instrument brilla dans les bals auvergnats de Paris. Ces musiciens n’étaient pas seulement techniciens, mais aussi des créateurs qui participèrent activement à la diffusion et à l’évolution du répertoire.

La cabrette est vite devenue un emblème à la fois identitaire et festif, en partie grâce à ces artistes qui jonglaient entre musique traditionnelle et improvisations virtuoses pour ravir les danseurs. Aujourd’hui encore, des festivités comme le Festival Les Volcaniques de Lempdes célèbrent cet instrument et ses virtuoses contemporains.

Chanteurs et passeurs de répertoires oubliés

Le chant est une autre pièce maîtresse des musiques auvergnates et rhônalpines. Au XX siècle, des artistes comme Marcel Chenier ou Marguerite Soulaire ont marqué leurs territoires par leur volonté de ne pas laisser se perdre les récits chantés de leurs ancêtres. Ces chansons évoquent souvent des histoires locales, des amours contrariées ou des légendes absolument uniques.

Plus récemment, des artistes comme Michel Esbelin ont mis leur voix au service de la transmission du patrimoine oral, tout en soufflant un vent de modernité sur ces répertoires. En parallèle, des groupes comme La Chavannée ou Le Chant du Fleuve rassemblent chercheurs, chanteurs et musiciens autour d’un objectif commun : faire vivre ces chants dans le XXI siècle.

Les collecteurs de musique : dépositaires de la mémoire sonore

Sans les collecteurs de musique traditionnelle, une grande partie du répertoire aurait disparu. Au début du XX siècle, des ethnomusicologues comme Joseph Canteloube, lui-même compositeur et fascinant par son travail sur les "Chants d’Auvergne", ont sillonné campagnes et montagnes pour recueillir ces trésors immatériels. Ces collectes furent décisives, surtout dans une période où l’industrialisation et l’urbanisation menaçaient les modes de vie traditionnels.

Par la suite, des passionnés comme Bernard Loffet ont poursuivi cette mission avec des moyens modernes, enregistrant les anciens et transmettant leurs savoirs à une nouvelle génération. Leur travail ne s’est pas limité à l’archivage : ils ont rendu ces musiques accessibles et vivantes pour tous.

Musiciens itinérants et transmission des traditions

En Auvergne et dans la région Rhône-Alpes, les familles de musiciens itinérants, parfois surnommées "esonours" en patois auvergnat, ont grandeurement contribué à préserver et transmettre les mélodies traditionnelles. Ces familles circulaient de village en village pour animer bals, mariages et fêtes communautaires. On ne peut passer sous silence le rôle méconnu mais crucial de ces artisans de la musique populaire, qui apprenaient souvent de génération en génération.

Parmi ces figures, les familles Bouscatel et Notonier sont particulièrement célèbres. Les Bouscatel, originaires du Cantal, ont même fortement influencé le milieu musical parisien, emportant dans leurs bagages des airs de cabrette et de chant paysan jusqu’aux faubourgs de la capitale.

Les luthiers et maîtres artisans d’Auvergne et Rhône-Alpes

Tout musicien s’appuie sur l’instrument qui porte sa voix, et les luthiers ont joué un rôle central dans l’histoire des musiques traditionnelles d’Auvergne et Rhône-Alpes. Denis Siorat est une figure contemporaine à ne pas manquer : installé près de Clermont-Ferrand, il a rénové et innové dans la fabrication de vielles à roue, permettant à de nombreux jeunes musiciens d’accéder à des instruments de haute qualité. Dans des siècles plus anciens, c’étaient les artisans de villages comme Saint-Flour qui dominaient la scène avec leurs cabrettes finement sculptées.

Quand le folklore rencontre la modernité

Certains musiciens ont su infuser des éléments de musique traditionnelle dans leurs créations contemporaines, offrant une nouvelle jeunesse à ces répertoires. Le célèbre Jean-Pierre Champeval, pianiste et compositeur originaire de Lyon, a par exemple intégré des motifs folkloriques dans des arrangements jazz et classiques.

Dans les années 1970, le mouvement folk revival a permis le retour en grâce des musiques régionales. C’est à cette époque que des groupes comme Malicorne ou Le Grand Rouge se sont emparés des airs traditionnels, mélangeant poésie des textes anciens et innovation musicale. Ils ont notamment contribué à populariser les instruments tels que la vielle ou la cabrette en dehors des cercles "initiés".

Des héritiers engagés : les musiciens d’aujourd’hui

Aujourd’hui, plusieurs artistes continuent de porter ce flambeau avec une passion admirable. Les musiciens du groupe San Salvador, originaires du Limousin mais influencés par les répertoires voisins, insufflent une énergie nouvelle avec leurs polyphonies vocales puissantes et contemporaines. Plus localement encore, des noms comme Manu Sabaté ou La Machine ajoutent une touche de modernité, jouant dans des festivals internationaux tout en ancrant leur musique dans les racines du sol régional.

Ces artistes rappellent que la tradition n’est pas un musée figé, mais un jardin vivant qu’il convient d’arroser, cultiver et faire grandir.

Un patrimoine vivant et en perpétuelle évolution

De la vielle à roue aux chants collectés dans les montagnes, des cabrettes aux créations modernes, la musique traditionnelle d’Auvergne et de Rhône-Alpes est une richesse exceptionnelle. Portée par des figures fortes, des familles de musiciens, des luthiers et même des collecteurs passionnés, elle continue d’évoluer. Il ne tient qu’à nous de l’écouter, de la jouer et de la partager pour qu’elle résonne encore longtemps dans nos vallées et nos cœurs.

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